Fanny, pouvez-vous nous raconter comment est née Osez Vos Rêves depuis Écueillé, et en quoi votre parcours au Château de Valençay a façonné votre façon d’imaginer ces « Parenthèses Françaises » pour voyager autrement en France ?
Osez Vos Rêves est né d'un constat issu de mon expérience au Château de Valençay : les voyageurs visitent les mêmes endroits incontournables vus dans les guides de voyage, les offices de tourisme, sur internet ... et passent finalement à côté de toutes les autres richesses du territoire : un artisan, une expérience un peu différente, un activité originale, un patrimoine secret ... je me rendais compte à travers mes voyages personnels qu'on avait une chance immense en France d'avoir énormément de richesse que ce soit le patrimoine, les paysages, les savoir-faire, les expériences insolites et qu'on passait finalement à côté de tout cela par manque de temps pour préparer correctement ses vacances.
Quand vous parlez de « parenthèse inspirante », concrètement, à quoi cela ressemble dans un roadbook Osez Vos Rêves ? Pouvez-vous décrire la structure type d’une journée (rythme, respirations, rencontres, déplacements) et ce que cela change dans la manière de vivre un séjour en France ?
Un roadbook Osez Vos Rêves, c'est un carnet de voyage entièrement sur-mesure, adapté à un client, à ses dates de séjour, ses envies et son budget. Il renferme toutes les recherches que j'ai effectué pour lui et que j’ai optimisé de manière fluide & agréable à vivre. Les voyageurs disposent ainsi d’un fil conducteur qui peut laisser toute place aux envies du moment.
Concrètement, une journée s’articule souvent autour de deux à trois temps forts maximum : une découverte le matin, une pause à midi, puis une autre expérience l’après-midi. Entre ces moments, j’intègre volontairement des respirations : un point de vue, une balade, un détour simple mais marquant… des instants qui ne sont pas forcément “incontournables”, mais qui apportent un petit plus.
Ce que cela change, c’est la manière de vivre le séjour : on passe moins de temps à organiser, chercher, comparer, hésiter … et plus de temps à profiter, à observer, à s’imprégner. Il n’y a plus de charge mentale, seulement le plaisir de la découverte et de vivre l’instant présent. On voyage davantage en conscience et non en « consommation ».
Votre démarche commence par un questionnaire sur les envies du voyageur : quelles sont, avec le recul, les attentes ou besoins les plus profonds qui reviennent souvent (besoin de lenteur, de déconnexion, de sens…) et comment cela vous pousse à sortir des sentiers battus dans vos propositions ?
Avec le recul, ce qui ressort le plus, ce ne sont pas forcément des envies de lieux précis, mais des besoins plus profonds. Beaucoup de voyageurs arrivent avec une forme de fatigue mentale : trop d’informations, trop de choix, et au final la peur de passer à côté ou de mal faire. Ils expriment souvent un besoin de simplicité et de vivre quelque chose qui a du sens. Ils ne savent pas forcément où partir et ce n’est pas la question prioritaire. J’écoute plutôt leur état du moment, ce qu’ils auraient envie de partager, un souvenir de voyage marquant … Le questionnaire me permet justement d’aller au-delà des destinations pour comprendre mes interlocuteurs : est-ce qu’ils ont besoin de souffler, de se retrouver, de découvrir, de vagabonder ... Et c’est là que le travail commence vraiment.
Plutôt que de construire un programme basé uniquement sur des “incontournables”, je vais chercher à proposer des expériences qui résonnent avec les besoins. Cela peut vouloir dire éviter certains lieux trop fréquentés, privilégier des moments plus calmes, proposer des détours ou des haltes qui ne sont pas forcément évidentes mais qui apportent une vraie qualité d’expérience.
La notion de "hors sentiers battus" s'est vulgarisée et est aujourd'hui employée un peu excessivement. On ne sait plus trop ce qui est hors sentiers battus … Pour moi, ce n’est pas toujours aller dans des endroits inconnus, c’est proposer peut-être une autre manière de vivre un incontournable (une expérience particulière, un moment précis de la journée …). J’aime d’ailleurs plutôt parler d’expérience originale, de visite intimiste, d'artisan secret ... des choses que l'on ne trouve pas au premier clic google, qui demandent un peu de patience pour les dénicher mais qui font que le voyage prend une autre dimension.
Vous êtes installée dans un petit village au sud de la Touraine : en quoi ce regard « depuis les territoires » influence-t-il vos choix de destinations, vos partenariats locaux et votre façon de redonner sa place aux “invisibles” du tourisme (petits hébergeurs, artisans, lieux discrets mais remarquables) ?
J’habite moi-même en milieu rural, et cela façonne forcément mon regard. Au quotidien, je côtoie une France plus discrète, faite d’adresses parfois improbables dans des lieux tout aussi inattendus, mais qui ont une vraie richesse.
Cela m’a donné très naturellement le goût de mettre en lumière des territoires plus reculés, qui n’ont pas toujours les moyens de communiquer ou de déployer de grandes stratégies touristiques, mais qui ont pourtant autant à offrir. Dans un contexte où certaines destinations souffrent de sur-tourisme, il me semble aussi important, à mon échelle, de participer à une meilleure répartition des flux et à la préservation de ces lieux.
Cela passe beaucoup par le conseil. En fonction des projets, j’amène parfois mes voyageurs à envisager d’autres destinations, à sortir des évidences. Je me rends compte que beaucoup connaissent finalement assez peu la France, et les retours sont souvent les mêmes : “on ne pensait pas que c’était comme ça”, “on ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi beau”.
C’est cette conviction qui m’anime : il existe partout des lieux, des personnes, des savoir-faire qui méritent d’être découverts. À travers mes propositions, j’essaie de créer ce lien, et de valoriser, même modestement, tous ces acteurs (artisans, petits hébergeurs, lieux discrets...) qui font la richesse vivante de nos territoires.
Pouvez-vous partager un exemple très concret de Parenthèse Française dont vous êtes particulièrement fière – le point de départ (profil, envies), les partis pris d’itinéraire, les découvertes proposées – et ce que ce séjour a révélé au voyageur sur la France… et sur lui-même ?
C'est difficile de n'en choisir qu'un car chaque Parenthèse Française raconte une histoire et chaque histoire de mes voyageurs me touche. Par ailleurs, il n’y a pas vraiment de séjour type puisque chaque histoire est unique. Mes client me racontent une part d'eux-même, me confient des choses intimes et je compose le voyage avec tout cela.
Dans les projets marquants il y a eu ce roadtrip en Camargue, une terre que j'affectionne particulièrement où mon client est avec des étoiles pleins les yeux. Il m’a dit « on a vu bien plus de choses et vécu bien plus d’expériences que si j’avais préparé moi-même » .
Il y a eu aussi un autre roadtrip entre Arcachon et le Marais Poitevin pour une famille, avec un savant mélange de découvertes incontournables et d'autres pépites. A leur retour, ils m’ont dit « sur le papier, ça ne nous tentait pas trop. Mais on a décidé de jouer le jeu et d’y aller. Au final, on aurait regretté de ne pas l’avoir fait ! ». J'ai moi-même fait des découvertes en construisant ce séjour qui m'ont laissé sans voix !
Ou encore cette voyageuse qui souhaite toujours des séjours à seulement 2h de chez elle et qui à chaque fois se fait surprendre.
Je crois que le dénominateur commun de mes voyageurs c'est vraiment la surprise. A chaque séjour, ils se font surprendre par les découvertes qu'ils font. Et c'est je crois la plus grande révélation qui revient "mais en fait, on ne connait pas la France".
On parle beaucoup de tourisme durable, de saturation de certains sites, de quête d’authenticité : quelles grandes évolutions voyez-vous à l’horizon pour le voyage en France, et comment comptez-vous faire évoluer vos carnets de route pour rester à la fois inspirante et responsable ?
On sent déjà des évolutions assez nettes dans la manière de voyager en France. Il y a une vraie prise de conscience autour du sur-tourisme, mais aussi une forme de lassitude face aux lieux trop fréquentés et aux expériences trop standardisées. Les voyageurs recherchent de plus en plus de simplicité, d’authenticité, mais aussi de sens dans leurs choix.
Dans le même temps, il y a un besoin très concret de ralentir, de mieux répartir son temps, de voyager moins loin mais mieux. Et paradoxalement, face à l’abondance d’informations, cela devient de plus en plus difficile de faire des choix éclairés.
Actuellement, c’est déjà un sujet auquel je suis sensible et une dimension que je prends en compte dans mes projets. Je pense que c’est important en tant que professionnelle du tourisme d’être impliquée dans ce sujet brûlant d’actualité et à son échelle, si petite soit-elle d’agir. Mon rôle sera d’aller encore plus loin dans la sélection : proposer des itinéraires qui évitent certaines périodes ou certains flux, valoriser des territoires moins exposés, et mettre en avant des acteurs locaux engagés. Je le fais déjà mais il faudra y tendre encore plus.
Mais au-delà des choix de destinations, je pense que la vraie évolution se joue dans la manière de voyager. Continuer à concevoir des séjours plus équilibrés, avec moins d’accumulation et plus de qualité d’expérience, encourager des rythmes plus doux, et redonner de la valeur à des choses simples. C’est un des credo d’Osez Vos Rêves : ralentir le monde, se créer des souvenirs par des moments simples de partage, se déconnecter de notre monde numérique pour se reconnecter entre humains.
Rester inspirante, aujourd’hui, ce n’est plus seulement donner envie de partir, c’est aussi proposer une autre façon de voyager : plus consciente, plus respectueuse, mais toujours accessible et désirable.
Pour finir, quel conseil auriez-vous à donner à quelqu’un qui veut « voyager autrement » en France dès son prochain séjour, même sans accompagnement sur-mesure : par où commencer pour se créer soi-même une première petite parenthèse inspirante ?
Je dirais qu’il ne faut pas forcément commencer par chercher une destination, mais plutôt se poser une question simple : de quoi ai-je vraiment besoin en ce moment ? Se reposer, découvrir, prendre l’air, se retrouver… C’est souvent ce point de départ qui change tout.
Ensuite, ne pas concentrer ses recherches par rapport à un prix. C’est un peu le problème de l’offre touristique aujourd’hui. Tout est ramené à une question de prix qui en fait oublier l’expérience. Or, justement, par des destinations moins prisées, des sentiers détournés, on peut vivre de très belles expériences sans casser son PEL ! Il ne faut pas hésiter à sortir des évidences. Il y a partout en France des lieux moins connus, tout aussi beaux. Peut-être que vous ne les trouverez pas sur Internet. Les livres ont encore ce pouvoir magique de nous offrir des pépites.
Je crois que changer de regard, c’est ça l’outil secret !
Pour en savoir plus : https://www.osezvosreves.fr