Michel, vous êtes aujourd’hui l’un des guides-conférenciers les plus identifiés sur l’histoire de Paris, avec ParisVisites et une très forte présence sur les réseaux sociaux : comment présentez-vous votre travail de visites guidées privées à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore et qui pense déjà « tout savoir » de Paris ?
Soit l'on est Parisien et généralement on traverse Paris sans prendre le temps de regarder non seulement les monuments emblématiques "que l'on connaît"... sans en connaître souvent l'histoire (combien de fois ai-je entendu dire que Napoléon avait ramené l'obélisque de la place de la Concorde, totalement faux...) et bien souvent on se cantonne à certains quartiers liés à son activité professionnelle ou à son environnement familial ou amical... (Qui connaît la Butte-aux-cailles, les passages du Sentier, le cimetière de Montmartre, etc.). Soit l'on vient de province ou de l'étranger et on veut optimiser son temps et aller à l'essentiel. Mais, Parisien ou non-Parisien, les visites guidées privées permettent de mixer Histoire, anecdotes et plaisir des yeux avec un discours adapté au public concerné.
Vos circuits privés couvrent aussi bien Montmartre, le Quartier latin, les passages couverts que les grands monuments comme le Panthéon, l’Opéra Garnier ou les Invalides : pouvez-vous nous décrire concrètement comment vous transformez une simple balade en véritable enquête historique, presque en récit romanesque, pour vos visiteurs ?
Nous avons tous suivi des visites guidées ennuyeuses, hyperdétaillées et qui finalement n'atteignent pas leur but : faire passer un bon moment tout en apprenant. Outre le fait d'adapter son discours suivant le public (on ne dit pas la même chose à un Parisien depuis 20 ans ou à un Chinois qui débarque à Paris, et d'ailleurs on ne lui recommande pas les mêmes visites), il faut savoir doser les ingrédients suivants : la grande Histoire et l'anecdote ou la légende qu'on retient facilement. Et puis, sur la forme, il faut interagir avec les visiteurs, leur faire deviner des réponses, user de l'humour... bref, d'une certaine façon "mettre en scène" la visite (sans en faire trop !). Tout est question de dosage personnalisé !
Vous avez un parcours universitaire peu conventionnel pour un guide-conférencier — école de commerce, Sciences Po, droit-économie-gestion, puis une licence professionnelle de guide : en quoi cette trajectoire façonne-t-elle votre manière d’aborder l’histoire de Paris, de construire vos visites privées et de dialoguer avec des publics très différents (touristes, entreprises, institutions) ?
Mon passé professionnel lointain a été un atout pour développer et faire apprécier mon travail actuel autant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, le fait d'avoir pu développer à la fois un esprit d'analyse, de rigueur et de synthèse m'aide encore aujourd'hui à structurer le mieux possible les visites que je propose. Sur la forme, ayant occupé des postes de marketing et de communication, le contact direct ou "électronique" (web, réseaux sociaux...) m'est un peu facilité tant avec les entreprises qui me contactent qu'avec des institutions. Je les ai non seulement côtoyées par le passé mais j'en faisais partie. Je peux mieux, je crois, apprécier leur besoin quant au sortir d'un séminaire, par exemple, elles me demandent 1h30 de "récréation" ...
Dans vos visites de lieux très chargés en mémoire, comme la place de la Concorde, les grands cimetières parisiens ou encore Notre-Dame, comment trouvez-vous l’équilibre entre la rigueur de l’historien, l’émotion du récit et le besoin de rendre ces histoires accessibles à des visiteurs parfois pressés ou peu familiers de l’histoire de France ?
Oui, on a beau être curieux, on manque souvent de repères historiques, chronologiques. Aussi, il est nécessaire de procéder même de façon "light", à des rappels historiques, de contexte... La visite guidée privée permet de connaître le type de visiteur au préalable et donc de "doser" ces rappels afin de donner le minimum requis pour bien apprécier tel ou tel monument, quartier ou infrastructure... Au cours d'une visite, qui n'est pas une conférence doctorale, simplifier sans trop déformer contribue à la fluidité du discours. Rien n'empêche au visiteur de poser une question "pour aller plus loin"... mais à son initiative.
Vous travaillez en formats très personnalisés — minibus, voiture avec chauffeur, croisières commentées sur la Seine — loin des grands groupes standardisés : quelles attentes spécifiques des visiteurs percevez-vous aujourd’hui envers ce type de visites privées, et quelles sont selon vous les principales difficultés ou malentendus à lever pour leur faire comprendre la valeur ajoutée de cette approche sur-mesure ?
Plusieurs éléments : le tourisme dit de proximité augmente. Même les Parisiens et Franciliens s'intéressent de plus en plus à leur patrimoine. Je rencontre aussi beaucoup de Français non-Parisiens qui viennent passer quelques jours à Paris. Tout le monde veut optimiser son temps. L'intérêt de la visite guidée privée est multiple :1. c'est vous qui décidez du jour, de l'heure... et du parcours qui vous intéresse. 2. Parce qu'il s'agit d'une visite privée, un contact préalable permet au groupe de signaler des caractéristiques intéressantes comme dit précédemment pour réussir la visite : il y aura des lycéens dans le groupe, c'est un groupe d'avocats internationaux, nous sommes des seniors et certains ont du mal à marcher. J'ai même réalisé des parcours pour une association de mal-voyants, ce qui, vous l'imaginez, a nécessité une adaptation du parcours et du discours. 3. Qui dit visite privée dit "groupe dont les membres se connaissent". La convivialité, toujours souhaitée, est évidemment renforcée. (Pas de groupe de 50 personnes qui suivent le guide. Ici, on discute facilement avec le guide durant la visite. Le seul malentendu à peut-être lever est de confirmer que les tarifs ne sont pas "prohibitifs". En effet, qui dit visite privée dit adaptation du tarif selon le groupe : une famille, un CSE, une entreprise, une association, une école, 4 personnes, 15 personnes,... Evidemment (et heureusement) le tarif est adapté.
Vous observez quotidiennement Paris évoluer, et vous dialoguez avec un public très large via vos réseaux sociaux et vos conférences : comment imaginez-vous la visite guidée privée de l’histoire de Paris dans dix ou quinze ans, entre nouvelles technologies (audioguides, IA, réalité augmentée), enjeux de surfréquentation touristique et besoin de préserver l’authenticité du rapport au patrimoine ?
Je crois que la demande de "tourisme de proximité" va encore augmenter de même que l'intérêt pour le patrimoine. Les outils IA, audioguides, etc évoluent dans le bon sens mais la bonne nouvelle c'est que ces outils vous donnent beaucoup (trop) d'informations et de réponses non personnalisées en terme de détails. Je pense qu'un contact direct avec un guide-conférencier ne sera jamais remplacé par des systèmes IA/audioguide... qui ont leur intérêt soit pour pallier l'absence de guide, soit comme support pour un guide-conférencier, par exemple pour illustrer un propos (reconstitution d'un lieu dans un siècle passé par exemple). Ces outils ne vous donneront jamais des petits détails connus du voisinage de telle rue, ou de l'actualité très récente de tel monument, etc. Bref, les visites guidées privées ont un avenir certain et à mon avis croissant.
Pour terminer, si vous deviez donner un conseil à quelqu’un qui vient à Paris pour la première fois — ou même à un Parisien qui croit connaître sa ville — pour vraiment « rencontrer » l’histoire de la capitale à travers une visite privée, que lui diriez-vous de faire, ou au contraire d’éviter absolument ?
Si vous n'êtes pas Parisien, hiérarchisez en fonction du temps dont vous disposez ce qui vous ferait plaisir de découvrir : tel quartier, tel monument, tel arrondissement,... Offrez-vous peut-être d'abord un tour général de Paris en bus touristique avant de vous concentrer sur telle ou telle visite. Evitez de "trop visiter" en peu de temps : il faut se laisser du temps pour "digérer" les visites et juste flâner. Enfin, parce que votre temps est limité, une ou plusieurs visites guidées privées optimiseront votre planning. Si vous connaissez Paris, selon vos affinités, prenez une une demi-journée de temps en temps pour "faire ce que je n'ai jamais pris le temps de faire" ("Je ne suis jamais entré aux Invalides ni à l'Opéra Garnier" ... mais j'en ai bien envie). Demandez-vous si vous voulez explorer tel point d'intérêt seul (avec un audioguide éventuellement) ou si, là encore pour aller à un "essentiel personnalisé" un guide-conférencier ne serait pas adapté.
Pour en savoir plus : https://paris-visites-guidees.com